Hommage au poète Sioux John Trudell

Hommage au poète Sioux John Trudell summerlied

John TRUDELL (1946-2015), amérindien Sioux-Santee, fut d’abord un activiste président de l’American Indian Movement (A.I.M.) et un défenseur des droits des indiens d’Amérique. Avec plusieurs familles amérindiennes, John Trudell occupa durant une année l’île célèbre d’Alcatraz, au nom d’un ancien traité avec les U.S.A., avant qu’un accord ne soit trouvé avec Washington D.C. ; accord qui ne sera en fin de compte jamais appliqué, à l’image des 800 traités signés par le passé et qui ne seront au mieux respectés que brièvement ! Il sera durement éprouvé par la perte de sa femme et de la famille de celle-ci suite à un incendie de leur domicile pourtant surveillé par le F.B.I., organisme fédéral à l’époque violemment opposé à l’A.I.M., et qui n’avait pas apprécié que Trudell brûle un drapeau américain en public – acte criminel aux yeux des lois américaines.

Considéré par les autorités fédérales comme « très dangereux car extrêmement éloquent », il s’isolera dans la douleur au Canada avant d’écrire et de publier des poèmes en anglais (langue de l’occupant blanc) qu’il qualifiera de « bombes » contre la société sans âme.

Trudell est reconnu par nombre de personnalités, dont l’acteur-réalisateur-producteur Robert REDFORD, comme le penseur et l’artiste majeur des Amérindiens. Il jouera aussi dans plusieurs films dont « Thunderheart (Cœur de Tonnerre) » et le documentaire « Incident at Oglala » (sur Wounded Knee) de Michael APTED, puis dans « Phoenix Arizona » de l’auteur-réalisateur amérindien Sherman ALEXIE. Buffy SAINTE-MARIE dira de lui : « Le triomphe de Trudell est d’avoir su d’amener la force d’un puissant activiste dans la sphère des arts – tendre, intact mais toujours en feu ! » Et l’acteur-chanteur country Kris KRISTOFFERSON de rajouter : « John Trudell est un loup solitaire fou, poète, prophète, prédicateur, guerrier qui recrache fable et vérité, amour et guerre. » Selon Bob DYLAN « son album AKA GRAFFITI MAN fut le meilleur de l’année. »

Porteur d’un réel message pour ses contemporains, blancs compris, il harangue l’homme moderne parti dans sa folie technologique autodestructrice [« tech no logic »], réanimant du même coup la pensée naturelle écologique de ses ancêtres.

Il publie son premier album juste après son recueil de poèmes, en combinant ses textes incisifs aux chants et percussions traditionnels. Puis, en 1985, il fait la connaissance du musicien-chanteur Jesse Ed DAVIS (Kiowa) qui a déjà travaillé avec Dylan, Lennon ou Clapton… excusez du peu. L’alchimie va prendre et DAVIS offrira à TRUDELL de somptueuses compos blues-rock formant un somptueux écrin pour la voix de l’artiste. Ils collaboreront jusqu’en 1988, date du décès de DAVIS. John poursuivra l’aventure avec le guitariste Mark SHARK qui les accompagnait déjà et connaître enfin un petit succès national puis un bien plus grand au niveau international en faisant la première partie de la tournée des rockers australiens de Midnight Oil. Il se produira aussi plus tard en France, à la Fête de l’Huma ou encore à FIP.

Ni véritablement slammer, ni tout à fait singer, TRUDELL est avant tout un chantre et un medecine-man laïc : « Je pense qu’aucun homme n’a une personnalité unique. C’est une idée de l’Ouest, ce truc là ! Si c’était vrai comment pourrions-nous comprendre d’autres réalités ? On se sent vite coupable, on est vite perdu quand on croit n’être qu’une personne. » Il sait faire mouche et à réussi à transformer ses cris en messages qui, s’ils semblent désabusés, sont autant d’invitations au changement. Sa pensée est aussi impertinente que pertinente ! L’homme rouge nous permet de nous souvenir que le nom d’Adam, l’homme mythique originel de la Bible, signifie : « terre rouge ». Et au milieu de toute cette fougue rageuse, TRUDELL en revient toujours à célébrer l’amour ou l’amitié pour nous donner une belle leçon d’humanité.

« Les rires d’hier /sont l’équilibre d’aujourd’hui/ les larmes d’aujourd’hui /sont la purge/ pour le lendemain » (Yesterdays laughter) ou : « Aujourd’hui j’ai défié les nukes (armes nucléaires)/ Les soldats de l’Etat / m’ont placé en captivité/ où du moins ils pensèrent le faire/ Ils ont menotté mes poignets avec leurs/ menottes de plastique/ m’entourant avec leurs/ mines et leurs esprits de plastique/ Ils m’ont ridiculisé/ mais j’ai pu voir au-delà/ du ridicule qu’ils ont apporté/ sur eux-mêmes/ Ils me dirent de squatter par là-bas/ avec les détritus/ Ils ont laissé un soldat pour me garder/ J’étais le Vietcong/ J’étais Crazy Horse » (Diablo Canyon) Ainsi, John TRUDELL démontre-t-il la force ultime de l’âme humaine !

Cette lecture originale sera faite par les poètes Jonathan Durrenberger, Michel & Brigitte Fuchs avec l’ethnopoète Olivier Félix Hoffmann auteur de toutes les traductions françaises de Trudell pour ce spectacle.

Olaf Hesberiven

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