Et pour demain ? Summerlied a planté des graines

Au contraire de certaines manifestations alsaciennes, Summerlied n’est pas qu’une organisation de spectacles. Ici, on se préoccupe de faire vivre la culture alsacienne et…de la faire vivre encore dans quelques années. Pour cela, rien de tel que de planter de jeunes pousses et de les suivre au fil du temps.

   En 2012, avec le concours de la ville de Strasbourg et de l’Agence Culturelle d’Alsace, Jacques Schleef, directeur du festival, lançait le projet « Accélérateur de talents ». En gros, on allait proposer à de jeunes musiciens alsaciens, déjà installés dans le métier ou non, de bénéficier d’une formation  intense au contact de deux grands professionnels. La formation porterait autant sur le texte que sur la musique.

   Avec l’aide de plusieurs experts, on sélectionna donc une demi-douzaine de candidats. Après une première présentation lors de la Fête de la Musique à Strasbourg, Jacques Schleef leur proposait de travailler leur répertoire. L’édition du dixième anniversaire de Summerlied allait leur donner l’occasion de s’exprimer devant un vrai public, sur une grande scène.
   Mais n’anticipons pas. Pour consolider le projet artistique et mettre sur pied la session de formation, Summerlied a fait appel à « Voix du sud », l’équipe de Francis Cabrel, basée à Astaffort en Lot et Garonne, qui possède en son sein de grosses pointures de la musique. En l’occurrence, Marc Estève parolier unanimement reconnu dans le milieu de la chanson, et Jean-François Delfour, musicien et arrangeur se sont vu confier l’ingénierie d’un stage qui a réuni les musiciens durant la semaine du festival, à l’école de musique de Haguenau.

   Une semaine à travailler dans un huis clos avec pour accompagnateur également Jean-Pierre Schlag, représentant la ville de Strasbourg, lui-même très au fait des collaborations transfrontalières telles qu’elles existent en Alsace. Car l’une des stagiaires est palatine, l’un des stagiaires est berlinois. Pendant une semaine, Claire Faravarjoo, Isabelle Grussenmeyer et son mari Thomas Etterle, Antoine Villoutreix, Martina Gemmar, Gaël Sieffert et Muriel Schreiber se sont comportés en stakhanovistes de la musique. Le résultat du stage est édifiant : « En l’espace d’une semaine, nous avons progressé de plusieurs années », estime l’une des participantes à la sortie !
« Ça te conforte dans ta démarche »
   Claire Faravarjoo est la plus jeune du groupe. Mère alsacienne, père iranien, elle n’a que 18 ans et pourtant déjà une belle notoriété, acquise par un passage sur TF1, dans « The Voice ». A Haguenau, elle a adoré le travail en équipe : « ça nous rend solidaire et nous donne une énergie créatrice qui nous booste formidablement ». Indubitablement, Claire se destine à une carrière dans la musique.

   Gaël Sieffert, 34 ans, intermittent du spectacle est musicien dans le groupe To’Theme de Strasbourg. Ce qui l’intéresse, c’est plus la musique que le texte. Son  travail avec Jean-François Delfour l’a passionné : « ça te conforte dans ta démarche créatrice, ça te redonne confiance. J’en ressens un réel bénéfice dans mon travail ».

   Antoine Villoutreix, 30 ans, est auteur-compositeur-interprète. Plus que les techniques d’arrangement, ce qui l’intéresse, c’est le texte, son écriture, le ciselage des mots, des phrases. Chanteur parisien vivant à Berlin, parlant couramment l’allemand, il ne tarit pas d’admiration pour les formateurs de Voix du Sud. « Cette école me semble l’une des filières les plus professionnelles de la chanson en France. Notre stage, c’est comme une session de formation continue intense pour des salariés d’entreprise ».

   Même son chez Isabelle et son mari Thomas qui joue, lui, d’un instrument particulier, le « Thérémine », sorte de perturbateur du champ d’ondes magnétiques. S’ils ne vivent pas de la musique – ils sont tous deux professeurs des écoles – ils la pratiquent néanmoins sur toutes les scènes possibles, de préférence dialectales. « En quelques jours, nous avons progressé énormément. Merci Summerlied d’offrir à des musiciens la possibilité de se perfectionner comme nous l’avons fait » ! A 35 ans, Isabelle intervient aussi en tant qu’animatrice de « Langue et culture régionales » dans des écoles.
Et maintenant…

   Maintenant, il s’agira de mettre tout cet enseignement au profit de la création et si possible des scènes alsaciennes. « Loin de nous l’idée de vouloir établir un carcan régionaliste à ces jeunes musiciens, se défend Jacques Schleef, simplement, nous voulons œuvrer à la survie d’une filière alsacienne de créateurs musicaux ».
                                                     Marcel Neiss